Une aventure secrète
Le Théâtre Alsacien de Saint Louis jouait en Automne 1912, la comédie « D’r Schmuggler » de Charles Zumstein.
L’auteur avait invité son ami Désiré Lutz à assister à cette représentation.
Ils partaient l’après-midi avec la « Dàmpfkütschà » du poète, qui effectuait au maximum 30 km par l’heure.
Lutz désignait ainsi avec humour :
- « A gressàrà Kaffemehlà mit Riemàatreb un Kerzàliàcht » ( Un grand moulin à café avec transmission à courroie et chandelles ).
Entre Stetten et Bartenheim, Charles dit qu’il allait certainement être obligé de réciter des poèmes après la pièce de théâtre, et qu’il souhaitait faire un petit programme pour mémoire.
Il pria son ami Lutz de le remplacer pendant ce temps.
Le chemin était droit et ne présentant pas de difficultés, il n’eut qu’à tenir le volant.
Charles notait sur son calepin, la roue avant droite roulait dans un profond sillon creusé par les lourds chariots agricoles.
Le chauffeur occasionnel, plus confiant, accéléra mais plus loin, le sillon s’arrêta et l’automobile se leva à l’arrière et versa sur le côté.
Les deux furent projetés dans un champ de trèfles. Ils se relevèrent avec quelques égratignures aux mains, un pantalon déchiré et les costumes pleins de boue.
En voulant repartir, la voiture bouda. La courroie était rompue. Que faire ?
Zumstein enleva un bout de fil de fer sur une clôture et rafistola la courroie.
Finalement ils arrivèrent à temps et la soirée fut un succès.
Le poète dû réciter comme prévu quelques-uns de ses poèmes.
Lutz passa la nuit chez des amis à Bâle et Zumstein rentra avec son tacot.
A la sortie de Saint-Louis, il fut agressé par deux bohémiens qui s’étaient hissés sur les gardes boue.
Un couteau pointé sur sa poitrine, il dut leur donner les honoraires qu’il venait de percevoir peu avant.
Très déçu, il repartit, mais un peu plus loin, il croisa deux gendarmes auxquels il soumettait sa plainte.
Deux clans de bohémiens qui campaient derrière la Brasserie Freund à Saint Louis, fêtaient leur « coup » au moment où les gendarmes arrivaient.
Zumstein fut rejoint par les gendarmes (il est vrai, son véhicule n’avançait plus aussi vite avec la courroie qui émit des sifflements) qui lui rendirent l’argent récupéré.
Il n’a jamais confessé cette aventure à son épouse.


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