Le bouc encaisseur
Durant la guerre, à la campagne, nombreux étaient ceux qui possédaient une ou deux chèvres pour avoir constamment du lait pour leurs enfants.
La viande de chevreau était également appréciée.
Dans chaque village, un cultivateur ou un particulier avait un bouc pour la reproduction.
Pour un petit village, un seul suffisait, car un bouc très prolifique peut facilement féconder 50 chèvres.
Dans la rue où habitait le petit René Minéry, à Waldighoffen, un vieux couple de paysans ouvriers possédait un beau spécimen.
Sa forte odeur désagréable due à une substance sécrétée par de nombreuses glandes, dénonça sa présence.
De novembre à janvier, période où les chèvres sont en chaleur, la tenancière se faisait pas mal de pourboire.
Son copain André et lui-même, alors âgés de 12 ans, voulaient se rendre compte de l’accouplement, mais furent chassés chaque fois.
Un beau jour, la maman de l’ami lui a dit avant d’aller à l’usine :
- « Cet après-midi tu n’as pas de classe, tu amèneras la chèvre chez la mère W. ».
Ils avaient prévu autre chose, mais tant pis, c’était une attraction qu’ils souhaitaient depuis longtemps.
Pour un animal qui ne sortait pratiquement jamais de son étable, Bichette courrait.
A leur arrivée dans l’arrière cour de cette petite ferme, le bouc était en pleine action.
Après la séance, ce dernier fut conduit dans le « Bockstall », la chèvrerie.
André s’avança avec Bichette, mais la fermière lança :
- « Il faut attendre au moins vingt minutes ! »
Très étonnés, sans dire un mot, ils s’assirent sur un petit banc se trouvant à proximité.
Ce temps passé, le bouc fut lâché et se dirigea directement vers les deux garçons.
- « Ne bougez pas, il ne vous fera pas mal. »
André tenait d’une main la cordelette de Bichette et de l’autre, un billet de deux marks.
Méfiants, les deux gamins retenaient leur souffle. Le bouc reniflait leurs vêtements et d’un rapide coup de langue chipait le billet de banque.
La fermière essaya de le lui arracher, mais il était trop tard, il l’avait déjà avalé.
Après avoir accompli ses obligations, le bouc retourna dans son Bockstall.
La tenancière a dit :
- «Allez les garçons, vous ne me devez plus rien.»
Sur le chemin du retour, ils étaient même d’accord sur le comportement du bouc.
2 marks la saillie et le bouc a encaissé lui-même ses honoraires !
En réfléchissant, les deux bambins n’avaient pas compris pourquoi le pauvre bouc devait attendre 20 minutes, mais actuellement bientôt octogénaires, ils ont compris depuis belle lurette.


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