On est mieux en taule
En octobre 1939, le 3e Bataillon du 15e Régiment d’Infanterie Alpine cantonnait à Waldighoffen. Les soldats couchaient chez les paysans dans les granges et écuries.
La discipline faisait la force principale des armées et il y avait bien sûr un poste de garde et une salle de police, en l’occurrence une salle avec comme ameublement, une botte de paille éparpillée par terre.
Un soir, l’officier de service se présente au chef de poste en disant : - « Sergent, je veux visiter la prison ».
Le sergent Clément Forestier, prend le cahier des punis, une lampe de poche, la clef et…en route vers l'ancienne salle de garde municipale à coté de l’ancienne mairie école, au centre du village.
Sur la paille du « cachot », cinq hommes dormaient du sommeil du juste. Le sergent ouvre le cahier ; mince ! Quatre noms seulement !
Le capitaine éclate, furibond :
- « Qu’est-ce que c’est que ça ? Vous n’avez que quatre noms et ils sont cinq ici ! »
Le sergent essaye de plaisanter :
- « Estimons-nous heureux, mon capitaine, qu’il y en ait un de rabiot ! »
- « Faites l’appel » fut la réponse.
Ce ne fut pas facile de réveiller les poilus qui ronflaient. Ils se demandaient ce qui leur arrivait. Les quatre premiers lascars avaient leur nom inscrit sur le cahier. Le cinquième était un type de la section à Forestier.
- « Qu’est-ce que tu trafiques ici ? » lui demanda son sous-officier. - « Je suis mieux ici, en taule, que là-bas dans notre écurie ! »
Et oui, c’était bien vrai, mais le règlement n’a pas encore prévu le statut de prisonnier volontaire…
Le père Clément Forestier, vicaire épiscopal de Mende dans la Lozère avait publié en 1981 un livre intitulé « Souvenirs d’un soldat de l’An 40 ». Dans un chapitre, il décrit la fin de la drôle de guerre « Mulets contre panzers ». Il passa durant cinq années dans les Stalag, camps de prisonniers de guerre en Allemagne.)


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