Tel sang, tel médicament !
Un ouvrier d’usine, nommé Saladin, natif de Buren, dans le canton de Soleure, fut décrit par les autorités locales suisses comme un escroc et un clochard.
Se faisait passer pour un médecin il séjourna à plusieurs reprises dans des « universités pénitentiaires » où il eut le temps de méditer sur ses connaissances médicales.
En 1873, il arriva dans la région de Ferrette avec l’intention de s’installer à Durmenach. Il essaya de se faire embaucher comme assistant auprès du médecin de Roppentzwiller.
Et bientôt la nouvelle qu’un jeune docteur suisse, qui venait de terminer ses études à Strasbourg s’était installé et qu’il était très intelligent, et en plus pas cher, se répandit dans la région.
Ce jeune homme se fit préparer par le pharmacien de Ferrette les médicaments avec lesquels il comptait guérir ses patients.
Les médicaments étaient composés d’un mélange d’alcool, d’essence de lavande et d’essence de citron qu’il présentait dans des petits flacons dont la moitié fut colorée en rouge et l’autre en noir.
Bientôt de nombreuses personnes qui lui accordaient leur confiance, vinrent trouver ce jeune « docteur ».
A un homme qui souffrait de diarrhée, il expliqua que la bile aui lui avait coulé dans l’estomac, lui avait empoisonné le sang et il lui prescrit un élixir pour 20 sous.
A une fille, chez laquelle il diagnostiquait la fièvre muqueuse, il conseilla le port d’une ceinture et d’une culotte et un flacon d’élixir universel pour 35 sous.
A un autre patient qui avait des crampes au le ventre, il donna le même flacon.
C’est ainsi qu’il soignait tous ses patients avec le même médicament et sa renommée se répandit rapidement dans toute la contrée et partout il trouva des malades qui furent heureux d’avoir trouvé cet homme.
La population apprit plus tard avec consternation l’arrestation du guérisseur par la police.
Presque tous les témoins déclarèrent devant le tribunal que le docteur les avait guéris.
Une femme certifia même que son mari qui était condamné auparavant allait beaucoup mieux et qu’elle continuait à lui administrer ce médicament qui allait le guérir complètement.
A la question du président du tribunal, s’il croyait à l’efficacité de ses médicaments, il ne répondit pas, mais posa à son tour la question suivante au président :
- "savez-vous combien il existe de groupes sanguins ? " Et ce fut lui-même qui donna la réponse suivante :
- "L’homme n’a que trois sortes de sang, donc il n’a besoin que de trois sortes de médicaments ! "
Malheureusement nous ne connaissons pas le tarif de la récompense du président donnée au charlatan pour la leçon de médecine reçue.


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