Interview de Serge Montagne et Laurence Deliot d'Holcim
Interview de Serge Montagne et Laurence Deliot
Jean-François MATTLER : Tout d'abord merci de nous accueillir ainsi et d'accepter de répondre à nos questions. Résident d'Altkirch, je ne vous cacherai pas que cette usine que j'ai sous les yeux à longueur de journée reste pour moi un mystère et que j'ai bien des questions à vous poser.
Serge Montagne : Tout le plaisir est pour nous. Vous constaterez qu'il n'y a rien de secret dans notre activité. S'il existe des mesures de sécurité que nous appliquons avec rigueur, c'est avant tout pour la sécurité de tous, de nos collaborateurs, de nos voisins et de nos visiteurs. Peut-être que ce cadre sécuritaire donne une image un peu faussée de notre activité ?
Laurence Deliot : Vous consterez aussi que la fabrication du ciment peut s'inscrire dans une démarche écologique. Le groupe Holcim a la volonté très nette de s'inscrire dans une démarche environnementale.
Jean-François MATTLER : La première question que l'on a envie de vous poser concerne la pollution. Cette grosse cheminée est-elle vraiment saine pour l'air que l'on respire ?
Serge Montagne : On ne fait pas de fumée sans feu. Vous remarquerez d'ailleurs que notre grande cheminée ne fume pas souvent alors que le four tourne 24 heures sur 24. Nous avons considérablement amélioré notre performance environnementale en réduisant de façon drastique les émissions à la cheminée pour les adapter à une nouvelle norme beaucoup plus stricte mise en oeuvre depuis le 28 décembre 2005.
Laurence Deliot : Nos émissions de poussières restent stables et bien inférieures aux valeurs limites autorisées et une sensibilisation accrue associée au professionnalisme de nos équipes dans la conduite du four nous permettent de maintenir voire d'améliorer nos émissions. De plus, la mise en place d'un système d'abattement des NOx (gaz de combustion) nous permet de franchir un pas supplémentaire dans la réduction d'émission de ce composé. Grâce à ce dispositif qui permet d'injecter de l'urée dans les gaz, on transforme les gaz de combustion en azote, le constituant majeur de l'air que l'on respire.
Jean-François MATTLER : Oui, mais la valeur d'actualité, c'est le CO2, les accords de Kyoto en parlent énormément. Où en êtes-vous à ce niveau ?
Laurence Deliot : Au cours des dernières décennies, les préoccupations environnementales ont entraîné une forte réduction de nos émissions et des efforts considérables sont constamment consentis à cet égard, dans une perspective de performance et de durabilité.
Holcim s’est engagé depuis de nombreuses années dans la réduction des émissions de C02 spécifiques nettes de son activité ciment, soit une diminution de 20% d’ici 2010 par rapport à ses émissions de 1990. L’effort a été important et Holcim détient aujourd’hui le meilleur rapport du secteur en terme d’émission de kilos de C02 émis par tonne de ciment produit.
Pour nous permettre d’être en ligne avec nos engagements, nous avons utilisé les leviers suivants :
- la réduction de la consommation énergétique thermique,
- l’utilisation de combustibles de substitution et de la biomasse. On estime que l’augmentation de la substitution thermique de 1% permet d’économiser près de 4kg de CO2 par tonne de produits cimentaire.
- la réduction du facteur clinker par la substitution de sous-produits, comme les cendres volantes et le calcaire. On estime que la réduction du facteur clinker de 1% permet d’économiser près de 10kg de CO2 par tonne de produits cimentaire.
Jean-François MATTLER : En matière de prévention, avez-vous des mesures spécifiques ?
Serge Montagne : Tout à fait. Par exemple, nous avons étanchéifié la cuve de rétention du fioul lourd et des huiles usagées. De même, l'aire de stockage des fûts d'huile et graisse a été recouverte d'une résine spéciale.
Laurence Deliot : Rajoutons aussi qu'en matière de prévention d'incendie, nous avons réalisé récemment un exercice de type Plan d'Organisation Interne (POI) avec les pompiers. Ce type d'entraînement nous permet de déceler et d'anticiper les problèmes avant qu'ils ne surviennent.
Jean-François MATTLER : Concernant le tir des mines. Je suis assez surpris, car j'habite à moins de 500 m de la carrière et je n'entends jamais les explosions qui pourtant sont spectaculaires. Comment faites-vous ?
Serge Montagne : Ce sont différentes mesures qui, misent en oeuvre ensemble, nous permettent aujourd'hui d'afficher des résultats bien en dessous des limites permises. Tout d'abord, nous avons un chef de carrière remarquable qui connaît bien son domaine et qui planifie les tirs avec une grande précision.
De nouvelles techniques nous permettent d'étaler la quantité de charges sur une zone de façon presque chirurgicale afin de contrôler à la fois les vibrations et la propagation des ondes. Vous avez pu constater qu'un seul tir nous permet d'être très efficaces tout en maintenant les nuisances possibles à leur plus stricte minimum.
Jean-François MATTLER : C'est vrai que je n'ai pas senti de vibrations lors du reportage et que le bruit n'a pas été aussi fort que je m'y attendais. Arrive-t-il que vous ayez des réclamations pour les tirs de mines ?
Laurence Deliot : En 2006, nous avons hélas enregistré 23 réclamations que nous nous efforçons de traiter au cas par cas. Nous travaillons sans relâche à l'abaissement des vibrations enregistrées pendant les tirs et le nombre de plaintes devrait logiquement baisser.
Jean-François MATTLER : Sur le plan économique, votre usine se porte-t-elle bien ?
Serge Montagne : L’usine a finalisé la préparation d’un investissement majeur visant à augmenter sa capacité de production de clinker de 10%. Au vu des premiers résultats, ce projet apportera, outre une perspective de croissance intéressante, une amélioration de notre performance opérationnelle. Sur le plan économique aussi, l'usine se porte très bien.
Jean-François MATTLER : Ce qui surprend quand on vous visite c'est le casque et les lunettes que tous portent ici. Est-ce vraiment nécessaire ?
Laurence Deliot : La sécurité de notre personnel est notre priorité absolue. Dans ce domaine particulier, si des améliorations techniques et organisationnelles ont été une nouvelle fois apportées, c’est l’impulsion apportée par notre programme « Passion for Safety », visant à améliorer notre comportement face à la sécurité, qui aura été le fait le plus marquant.
Les statistiques nous montrent que 90% des accidents sont dus à des défauts de comportement. Partant de ce postulat le groupe Holcim a développé un programme intitulé « Passion for Safety ». L’outil phare de ce programme est l’Observation et le Dialogue autour de la Sécurité (ODS). Ainsi chacun a le devoir de faire corriger au travers d’un dialogue tout écart de comportement. Ceci ne s’arrêtant pas là puisque tout bon comportement doit aussi être reconnu et félicité. Nous espérons ainsi améliorer nos résultats sécurité grâce à l’implication de tous.
Jean-François MATTLER : Un dernier point. On vous a vu soutenir le festival du court métrage d'Altkirch. Vous investissez-vous souvent dans des actions culturelles ?
Serge Montagne : Non seulement nous avons soutenu le festival, mais nous apportons notre soutien aux diverses associations à caractère culturel, sportif ou social avec notamment une action phare qui a été notre contribution à l'opération Téléthon.
Jean-François MATTLER : Merci à vous deux d'avoir accepté de répondre à mes quelques questions.
Continuons la visite de Holcim
Tir de mines à la carrière d'Altkirch
Le concasseur de la cimenterie d'Altkirch
La cimenterie d'Altkirch vue de l'intérieur
Attention, chaleur intense !
L'ultime étape, le broyage et le stockage
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